A voir dans la galerie tableaux

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A voir dans la galerie tableaux
A voir dans la galerie tableaux, huile sur toile.
Dans un monde où les peintures sont désormais des êtres
humains, totalement assujettis à la volonté de l'artiste, qui les contorsionne et les façonne à sa guise, un tableau est détruit. En langage humain, une adolescente est assassinée sauvagement.
Mais dans ce monde-là, une adolescente au service de l'art est un tableau, point barre.
Le tableau en question, intitulé Défloration, est une des plus belles œuvres du maître incontesté d'art hyperdramatique Bruno van Tysch.
La fondation Van Tysch entreprend donc, en marge de la police, de découvrir qui a supprimé l'un des fleurons du patrimoine artistique mondial. Et accessoirement, une potentielle et gigantesque
source de revenus.
Puisque les tableaux se vendent, comme toujours, et ceux du maître se vendent très cher.
En parallèle, Clara, une modèle, rêve d'être peinte par le maître.
Elle est un jour contactée par une agence qui apprête les "toiles", laquelle refuse de lui révéler quel est l'artiste qui veut travailler sur elle.
Clara se lance dans l'aventure, à l'aveuglette, éprise depuis toujours de danger et d'inconnu.
Ce long et dense roman est surtout l'occasion pour l'auteur, au-delà d'une trame criminelle, de décrire un monde, celui qu'il imagine, à la manière des auteurs de science-fiction qui décrivent
un univers complet avec ses règles et ses personnages dominants, mais aussi celui qui est. Les dérives de ce monde-là ne sont que les dérives du notre, les discussions sur la valeur d'un être
humain, sur l'art, la soumission sont autant de questions posées et de portes ouvertes.
Admirablement écrit, avec un souci du détail et de la cohérence omniprésent, ce roman tisse une longue toile, prenante, englobante. On entre totalement dans ce monde de pénombre et de
clairs-obscurs, où tisser une toile revient à façonner le matériau humain, émotionnellement, pour lui faire rendre une expression, un éclat dans l'œil, qu'il tiendra, immobile, pendant des
heures, exposé au regard des spectateurs.
Les modèles expérimentent l'immobilité absolue, comme une forme de transe. Elles s'offrent totalement et sans pudeur, au service de l'art.
C'est beau, presque envoûtant. C'est un de ces romans qui marquent parce qu'ils sont complets, sans pour autant asséner de vérité. Ondulation, mouvement, questionnement, sont partout.
Superbe. À lire absolument.
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